« Nous cherchons une machine pour déposer de la colle sur nos pièces. Merci de nous faire une offre. » Une demande formulée ainsi reçoit des réponses impossibles à comparer : chaque fournisseur imagine un produit, une dose et une cadence, et chiffre une machine différente. Le cahier des charges d’une doseuse n’a pas besoin d’être long. Il doit répondre, avant qu’on les lui pose, aux questions que le constructeur se posera de toute façon.
Pour le montrer, suivons un projet fictif mais plausible : un fabricant de boîtiers veut automatiser le collage d’un capot en polycarbonate sur une embase en aluminium, réalisé jusqu’ici au pistolet par un opérateur.
Commencer par le produit, pas par la machine
Le premier réflexe du responsable méthodes est d’ouvrir des catalogues de doseuses. C’est prendre le problème à l’envers. Tout part du produit déposé, et sa fiche technique, accompagnée de la fiche de données de sécurité, est la première pièce à joindre. Le fournisseur y cherchera :
- la viscosité, avec la température de mesure, et le caractère thixotrope ou non du produit ;
- le nombre de composants et, pour un bicomposant, le ratio, en précisant s’il s’entend en poids ou en volume ;
- la durée de vie en pot et le mode de durcissement (humidité, chaleur, UV, absence d’air) ;
- la présence de charges abrasives, qui orientent le choix des pompes et des valves ;
- la sensibilité à l’humidité de l’air, qui impose un réservoir fermé ou un dessiccateur.
Dans notre exemple, la colle est un polyuréthane bicomposant livré en seaux, un par composant. Le conditionnement compte autant que la chimie : une cartouche se monte sur un pistolet ou un support, un pot de quelques kilos appelle une pompe pneumatique adaptée, un fût de 200 kg une pompe de fût. Indiquer le conditionnement revient déjà à définir l’alimentation de la machine. Et si deux produits sont encore en concurrence, joignez les deux fiches : une machine dimensionnée pour un mastic épais ne conviendra pas forcément à une colle fluide, et l’inverse est aussi vrai.
Décrire le dépôt comme on cote une pièce
« Un cordon de colle sur le pourtour » ne dit presque rien au fournisseur. Il lui faut des grandeurs mesurables, chacune avec sa tolérance.
La dose et sa géométrie
Exprimez la dose en masse ou en volume par pièce, puis la forme du dépôt : point, cordon, remplissage ou pulvérisation, largeur et hauteur du cordon, distance au bord, longueur du trajet. Décrivez aussi ce qui est inacceptable : un fil qui traîne en fin de cordon, une goutte au démarrage, une surépaisseur dans les angles. Dans notre cas, le bureau des méthodes fixe un cordon de 4 mm de large posé à 2,5 mm du bord intérieur, avec une masse par pièce tolérée à plus ou moins 5 %.
La cadence et les arrêts
Nombre de pièces par heure, nombre d’équipes, durée des pauses : ces chiffres disent combien de temps le mélange reste immobile dans le mélangeur statique. Avec un polyuréthane à vie en pot courte, la pause déjeuner suffit à le faire durcir. Le fournisseur proposera alors une purge automatique ou un changement de mélangeur à chaque reprise, encore faut-il qu’il sache que cette pause existe.
Situer la machine dans l’atelier
Qui déclenche la dose : un opérateur à la pédale, un automate, un robot ? Dans notre exemple, l’embase est posée dans un gabarit et un robot cartésien suit le contour du capot ; pour des pièces plus petites ou des trajectoires plus simples, une table numérisée ou un robot SCARA aurait pu faire l’affaire. Le cahier des charges décrit aussi l’environnement : température de l’atelier en hiver comme en été, pression et qualité de l’air comprimé disponible, alimentation électrique, place au sol, ventilation si le produit dégage des vapeurs. Puis le nettoyage : qui purge, à quelle fréquence, avec quel solvant, où partent les déchets.
Si un robot est prévu, précisez qui fournit la protection de la cellule, carter ou barrières immatérielles, et qui en assume la conformité. Assembler une doseuse et un robot, chacun livré avec ses documents de conformité, ne suffit pas : c’est l’ensemble qui doit être évalué.
Mentionnez enfin la traçabilité attendue. Si vos clients demandent de relier chaque pièce au lot de colle utilisé, la machine devra enregistrer ou transmettre cette information, et cela se prévoit dès l’offre, pas à la livraison.
Écrire la réception avant de recevoir les offres
C’est l’étape que l’on repousse toujours, et c’est pourtant elle qui protège l’acheteur. Décidez avant la consultation comment vous accepterez la machine. Dans notre projet : des essais chez le fournisseur avec la colle réelle et vingt embases de série, dont certaines en limite de tolérance ; puis, à l’installation, cinquante pièces consécutives pesées, toutes dans la tolérance de masse, et un contrôle du ratio en dosant séparément chaque composant. S’y ajoutent la formation des opérateurs et du technicien de maintenance, la liste des pièces d’usure et des consommables, et la documentation.
Fixez aussi le calendrier : période d’essais, date de livraison souhaitée, fenêtre d’arrêt de l’atelier pour l’installation. Un fournisseur qui sait que la machine doit être en place pendant la fermeture estivale ne bâtit pas le même planning qu’un concurrent qui l’ignore, et vous comparerez enfin des délais tenables.
Les fiches techniques des constructeurs, comme celles que l’on consulte sur www.robocol.com, annoncent selon les modèles une plage de viscosité, un ratio réglable, une dose minimale ou une répétabilité. Confrontez ces valeurs aux vôtres, ligne par ligne. Une machine dont la plage de viscosité s’arrête juste au-dessus de celle de votre produit à 20 °C risque d’être dépassée un matin d’hiver, quand ce même produit aura épaissi.
Joignez à votre consultation des pièces réelles, et pas seulement les plus belles. La pièce légèrement voilée, la surface un peu grasse, l’embase en bout de tolérance sont celles qui feront dérailler un réglage en production : mieux vaut que le fournisseur les rencontre pendant les essais que de les découvrir vous-même au premier mois de série.
